par Mr Christian Desplat, Professeur à l'Université de Pau

Plusieurs tumulus sur le territoire de notre commune attestent une très ancienne occupation humaine; en 1865, un de ces sites, proche de la route de Tarbes, livra les fragments d'une épée en fer dans son fourreau; la même année, près du chemin de la Peyrade, un amas considérable de poteries rougeâtres fut mis à jour. En bordure du Cami Salié, plusieurs tumulus ont été fouillés au XIX° siècle et on y trouva de la poterie en abondance et un bracelet en bronze. Au lieu dit "Les Glisias", en 1928, des vestiges furent attribués à la période gallo-romaine. Enfin, un "gué pavé" a été identifié dans l'Arriu Merdé à la hauteur du chemin d'Henri IV vers Lée.

Idronium ou Idron est cité dans un cartulaire du XI° siècle et porte, jusqu'au XVI° le nom d'Idroo. Le village faisait parti du bailliage, puis de la sénéchaussée de Pau et de l'évêché de Lescar, avant d'entrer dans le district de Pau en 1790, puis dans son canton en 1791.

Le peuplement d'Idron fut longtemps très modeste; en 1385, Idron comptait 22 feux regroupait environ six personnes. Au milieu du XVI° siècle, la population avait diminué par rapport au Moyen Age; Idron avait seulement 19 feux en 1644, jusqu'à la Révolution, le nombre d'habitants  ne varia guère; des épidémies, comme celle de 1760, fauchaient les jeunes générations. Au XVIII° siècle encore, la moitié d'une génération n'atteignait pas l'âge de vingt ans. Le nombre d'habitants ne commença à croître que dans la moitié du XIX° siècle : en 1858, il y avait 502 habitants dans notre village.

Seigneurie de paroisse, Idron fut érigée en baronnie en 1655 et comprenait à ce titre la communauté de Higuères. Les seigneurs possédaient la dîme écclésiastique, ils nommaient les curés et entraient aux Etats de Béarn dans le corps de la noblesse. Au XVIII° siècle, la baronnie appartenait à une puissante famille, les Belsunce; leur gentilhommière existe toujours et fait l'ornement du village.

Les ressources des villageois étaient essentiellement rurales et l'élevage était très important. Cultivés dès la fin du XVII° siècle, le maïs ne fut longtemps qu'un appoint. L'agriculture connut une première révolution au XVIII° siècle; On commença alors à clore les terres et même à vendre des communaux. Idron semble avoir été le premier village du Béarn à cultiver la pommes de terre avant la Révolution. A l'agriculture s'ajouta longtemps un artisanat prospère; dès 1385, il y avait un tisserand et un forgeron à Idron. En 1760, les tisserands étaient nombreux, on comptait aussi un chirurgien, un tailleur d'habit, plusieurs charpentiers... Le XVII° siècle fut relativement  prospère: des routes furent percées, on édifia des presbytères. Le mobilier des églises fut rénové; mais la vie restait précaire et, en 1789, on chassait encore les loups dans la vallée de l'Ousse...

Epargné par la guerre, jusqu'en 1944, notre village n'a participé que de loin à la "grande histoire".  En 1547, le capitaine d'Idron conduisait sa compagnie à Navarrenx pour prévenir une invasion espagnole ; en 1713, la communauté accueillit des troupes qui allaient combattre en Espagne. Depuis le XVII° siècle, Idron était affranchie de l'impôt de la taille: "à l'honneur de la naissance d'Henri IV".... En décembre 1789, notre communauté fut la première en Béarn à refuser au château de Pau le bois qu'il recevait gratuitement chaque année. Les seuls troubles que connut le village étaient en relation avec l'exploitation des landes communes du Pont-Long. Plusieurs conventions furent signées avec la Vallée d'Ossau, en 1464 et en 1465; mais périodiquement des coups étaient échangés, du bétail saisi. Entre 1754 et 1793, Idron fut constamment en procés avec les Ossalois. Ces querelles ne cessèrent qu'avec la vente des landes à des particuliers aprés 1850. Lous Lauquetes d'Idroun (Les pêcheurs de loches d'Idron) vécurent depuis en paix, troublés seulement par des évènements qui dépassaient les bornes de leur village.